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    La petite rivière, bleue Si peu que le ciel ait d'azur,

    D'ici fait encore une lieue, Puis verse au fleuve son flot pur.

    Plus grande, elle serait moins douce, Elle n'aurait pas la lenteur

    Qui dans les herbes mène et pousse Son cours délicat et chanteur.

    Elle n'aurait pas de prairies Plus vertes si près de la main,

    Non plus que ces berges fleuries Où marque à peine le chemin.

    Ni le silence si paisible, Ni parmi les plantes des eaux

    L'étroit chenal presque invisible Entre les joncs et les roseaux.

    Et le moulin qui sort des branches N'aurait pas à bruire ailleurs

    Plus d'eau dans ses palettes blanches, Ni plus de mousses et de fleurs.

    La petite rivière est gaie Ou mélancolique, suivant

    Qu'un oiseau chante dans la haie Ou qu'il pleut et qu'il fait du vent.

    Selon l'heure, joyeuse ou triste, Couleur du soir ou du matin,

    Comme une charmeuse elle insiste, Lorsque l'œil la perd au lointain,

    Derrière le saule incolore Ou le vert des grands peupliers,

    A montrer une fois encore Ses caprices inoubliés.

    La petite rivière

    Albert Mérat (1840-1909)

     Le Parnasse contemporain, III (1876).

     

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