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    De Madame de Sévigné à Madame de Grignan

    GRIGNAN

    Vous me demandez, ma chère enfant, si j’aime toujours bien la vie.

    GRIGNAN

    Je vous avoue que j’y trouve des chagrins cuisants ;

    mais je suis encore plus dégoûtée de la mort :

    je me trouve si malheureuse d’avoir à finir tout ceci par elle

    que si je pouvais retourner en arrière je ne demanderais pas mieux.

    GRIGNAN

    Je me trouve dans un engagement qui m’embarrasse :

    je suis embarquée dans la vie sans mon consentement ;

    il faut que j’en sorte, cela m’assomme ; et comment en sortirai-je ?

    GRIGNAN

    Par où ? Par quelle porte ? Quand sera-ce ? En quelle disposition ?

    GRIGNAN

    Souffrirai-je mille et mille douleurs, qui me feront mourir désespérée ?

    Aurai-je un transport au cerveau ? Mourrai-je d’un accident ?

    De Madame de SEVIGNE à Madame de GRIGNAN

    Comment serai-je avec Dieu ? Qu’aurai-je à lui présenter ?

    De Madame de SEVIGNE à Madame de GRIGNAN

    La crainte, la nécessité feront-elles mon retour vers lui ?

    N’aurai-je aucun autre sentiment que celui de la peur ?

    Que puis-je espérer ? Suis-je digne du paradis ? Suis-je digne de l’enfer ?

    De Madame de SEVIGNE à Madame de GRIGNAN

    Quelle alternative ! Quel embarras !

    Rien n’est si fou que de mettre son salut dans l’incertitude ;

    mais rien n’est si naturel,

    et la sotte vie que je mène est la chose du monde la plus aisée à comprendre.

    De Madame de SEVIGNE à Madame de GRIGNAN

    Je m’abîme dans ces pensées, et je trouve la mort si terrible

    que je hais plus la vie parce qu’elle m’y mène

    que par les épines qui s’y rencontrent.

    De Madame de SEVIGNE à Madame de GRIGNAN

    Vous me direz que je veux vivre éternellement.

    De Madame de SEVIGNE à Madame de GRIGNAN

    Point du tout ;

    De Madame de SEVIGNE à Madame de GRIGNAN

    mais si on m’avait demandé mon avis,

    j’aurais bien aimé à mourir entre les bras de ma nourrice :

    cela m’aurait ôté bien des ennuis

    et m’aurait donné le ciel bien sûrement et bien aisément ;

    De Madame de SEVIGNE à Madame de GRIGNAN

    mais parlons d’autre chose...

     

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