ATELIER d'ECRITURE
20260117 - Exercice 2
Consigne : Décrire les gens dans un moyen de transport
Être sur le quai et attendre le TGV, m'ennuyer, observer les gens autour de moi, leur inventer une vie, me va à ravir….
Le train entre en gare, on se lève, on patiente, on monte, on attend poliment, on cherche sa place. On s'installe enfin. Le convoi glisse déjà et l'attente recommence…
Je me suis installée coté fenêtre et regarde nonchalamment le Vercors qui s'enfuit, le ciel gris chargé de pluie. Puis, dans le reflet de la vitre, j'observe mes voisins…
La mère et son enfant capricieux, elle est jeune et a déjà le visage marqué par la fatigue et le manque de sommeil. Crois-tu qu'elle pourra se reposer pendant notre trajet ? Penses-tu, le gniard passera son temps à brailler et elle n'arrivera pas à le calmer.
Les deux hommes d'affaires, costumes impeccables, cravates parfaitement nouées, bien coiffés, rasés de prés, discutent le plus sérieusement du monde. Leur visage est fermé et n'invite pas à la rigolade.
Un étudiant, les écouteurs sur les oreilles, somnole. Sa besace posée sur la tablette arbore le portrait de Che Guevara, sa veste pseudo-militaire lui confère des allures de révolutionnaire suranné. Je souris doucement : rien de neuf sous le soleil.
Mon regard quitte la fenêtre et observe le couloir…
Deux pipelettes sans âge gloussent à qui mieux-mieux. Elles ont chacune un magasine dans les mains, mais à ce rythme, vont-elles finir leur page d'ici Paris ? Pas sûr.
Arrêt à St Exupéry, ça descend, ça monte… Une femme élégante se campe à mon niveau et tente nerveusement de glisser son bagage au-dessus du siège. Le sac résiste. Les passagers attendent son bon vouloir pour rejoindre leur place.
Elle s'en rend compte, s'excuse, tente encore fébrilement de coincer ce maudit sac, s'excuse encore, s'énerve, panique jusqu'au moment où je me sens obligée d'intervenir :
"Madame, ne vous excusez pas. Tout le monde est dans le wagon. On a le temps d'ici la gare de Lyon. Le conducteur du train ne vous attend pas pour démarrer. Regardez, nous roulons déjà…"
Elle me dévisage étonnée, regarde les quelques voyageurs encore debout dans l'allée et miraculeusement, son bagage se loge enfin à sa place. Elle s'affale à côté de moi avec un gros soupir de soulagement et me souffle un "merci" sincère et véritable.
Je me prépare à reprendre mes observations et mes commentaires intérieurs délicieusement désobligeants.
Que nenni ! Ma nouvelle voisine engage une conversation - que dis-je, un monologue qui s'étire de Villefranche sur Saône à la Gare de Lyon. Je ne me souviens pas de ce qu'elle me raconte. J'opine du chef avec des "haha", des "mmhh" et l'observe.
Bien que dans la quarantaine, elle arbore un visage encore frais et bienveillant. Ses yeux verts sont soulignés d’un trait émeraude qui en accentue l’éclat. Ses lèvres, pulpeuses sans excès, s'activent au grès du flot incessant de son babillage. Elle est charmante !
Ses mains me plaisent beaucoup, elle affiche des doigts longs et fins, habillés de bagues empierrées, et des ongles délicatement manucurés. Elle arbore un chemisier chamarré, chastement entrouvert sur sa gorge dorée par le soleil et son jean blanc, qui lui va à ravir, dénote une personne fine et gracieuse. J'en conclus qu'elle s'entretient avec discipline. Je ne me trompe pas : elle est prof de zumba.
Elle me plait bien, j'aimerais avoir son allure.
Au terme de notre voyage, le train ralentit, Paris approche. Alors au moment de se lever, dans un dernier murmure, elle me confit que je lui ai ensoleillé sa journée par mon intervention à Lyon et qu'elle ne l'oubliera jamais.
Je la regarde s’éloigner, je me demande, cette fois, quelle histoire elle inventera à mon sujet.